En arrivant ici, je me suis dit qu'il serait intéressant de faire un comparatif sur l'utilisation du vélo des deux côtés de l'atlantique. Aujourd'hui, je suis bien obligé d'avouer que les situations sont tellement différentes que toute tentative de comparaison risque sérieusement d'être coupable, sinon de contre-vérités, au moins d'incomplétude et sans doute de malentendus culturels.
Commençons par la culture, justement. J'ai presque plus envie de vous parler de voiture que de vélo, c'est très ironique. Ici, la voiture est LE signe extérieur de richesse par excellence. Et Dieu sait qu'il y en a beaucoup... Alain et moi nous sommes souvent interrogés sur le fait que des jeunes avec des casquettes flambant neuves laissent l'étiquette dessus... Est-ce pour montrer qu'elles sont neuves ?
Nous avons vu, autant dans les quartiers "qui craignent" (selon le guide du Routard) que dans les quartiers de classe moyenne, que devant la maison blanche, des voitures de folie. Déjà, la plupart des voitures sont flambant neuves - si, si, même à Harlem. Et puis elles sont toutes grosses. Et puis on a vu des gens prendre leur voiture de sport pour aller au travail le matin ou un "pick-up truck" 5,7l (ça n'existe pas en France) garé sagement au centre de Washington. Alain pourrait vous dire les marques et les modèles, moi je n'y connais rien, mais tout ce que je sais c'est que ces voitures ne sont pas là pour être utilisées à pleine puissance, elles sont là pour symboliser quelque chose - la puissance très certainement.
On parle souvent de l'attachement des Français pour leur voiture. Vu d'ici, on a du mal à trouver que les Français soient vraiment attachés à leur voiture, si ce n'est l'attachement sentimental à la vieille dodoche ou 4-L familiale. Les américains sont non seulement attachés à leur voiture, mais je croient qu'ils y voient aussi le signe de leur statut social. Nous, français, mettons sans doute plus de fierté dans nos vêtements, alors que les chercheurs américains vont dans leur bibliothèques les plus prestigieuses en short et baskets sans problème.
Dans ce contexte, difficile de laisser tomber sa bagnole pour un vélo... il faut soit être un militant gauchiste, soit être New Yorkais - mais ici, tout le monde sait que tous les New Yorkais sont tous des Trotskystes, si l'on en croit le nombre de sens interdits à New York qui, comme nous l'explique de manière éclairante Ted Stranger dans Sacrés Américains, sont considérés dans l'Amérique profonde comme une atteinte à la liberté de circuler, et donc font partie d'une conspiration communiste pour paralyser l'Amérique qui avance.
Bref, et le vélo dans tout ça ? Dans les villes de la côte Est, j'en ai vu plutôt beaucoup, comparé à ce que j'imaginais. Bien sûr, le dimanche on voit beaucoup de promeneurs en VTC ou de cyclistes sportifs.
La grande mode, à New York et Boston surtout, c'est le "fixed gear", le vélo à pignon fixe. En France, on connaît ce type de vélo surtout pour une pratique sportive. Ici, c'est toute une philosophie qu'on comprend mieux si on lit la page wikipedia en anglais sur le sujet.Le vélo à pignon fixe, c'est un vélo sur lequel la chaîne est reliée directement à la roue. Il n'y a pas de roue libre ni de changement de vitesse, c'est-à-dire qu'il faut pédaler au même rythme que les roues... en descente, ça peut aller très vite. Beaucoup de raisons sont évoquées par ceux qui préfèrent le pignon fixe : la légèreté du vélo (pas de dérailleur) ainsi que la simplicité de la mécanique, le fait d'être en contact direct avec la route, etc... Justin et Lindsay, deux co-couchsurfers rencontrés à Boston, sont de fervents défenseurs du pignon fixe. Ils ont même écrit un morceau musical qui s'appelle "The Tao of Fixed-Gear Biking", développant une mystique du "cycliste ne faisant plus qu'un avec son vélo". Quant à Jacob, qui m'a hébergé à Harlem les premiers jours, il vélotaffe avec ce type de vélo (vélotaffer = aller au travail en vélo), et m'explique tout simplement que le pignon fixe lui permet "d'aller plus vite et d'être plus réactif au milieu de la circulation New Yorkaise".
Ah oui, une dernière chose, le vélo à pignon fixe a été popularisé aux Etats-Unis par les "Bike messengers", les coursiers à vélo New Yorkais qui bravent les feux rouges et les taxis de manière spectaculaire.
Bref, le vélo à New York est assez à l'image de la ville : agressif.
Nous n'avons pas testé les "pedicabs", ces vélos-taxis qui pullulent à New York, mais ils font complètement partie du paysage !
Jusqu'à demain, nous sommes à Washington DC. Dans cette petite capitale fédérale, où les rues du centre ville ont la largeur des autoroutes françaises (6 voies, pour certaines comme Pennsylvania avenue) et semblent désespérément désertes, je trouve qu'il y a assez peu de vélos. Ou peut-être sont-ils seulement noyés dans cet océan de bitume et de marbre qu'est Washington. En revanche dans le quartier où nous résidons, près de U Street, on en voit beaucoup plus, surtout à l'heure où les gens rentrent du boulot.
Lorsque nous avons lu la description que le routard fait du quartier, nous avons eu un peu peur (nous avons lu la description APRES avoir réservé notre chambre dans le B&B). En fait c'est un des quartiers que nous avons trouvé le plus sympa. C'est un peu comme Harlem : ancien quartier riche blanc qui s'est ensuite paupérisé au point d'être un symbole de la pauvreté urbaine, ce quartier a vu naître Duke Ellington, et est maintenant en pleine re-dynamisation. L'ambiance est très bonne : plein de petits restos, cafés, commerces de proximité sur les grandes artères, et dans les petites rues il y a de jolies maisons en brique, très colorées, avec de jolis petits jardinets devant. La population est très mélangée et toujours très accueillante - comme toujours depuis le début de notre séjour.
Et des vélos, donc...
6 commentaires:
GEEK
Est-ce que la recherche d’une traduction « explicative » de "geek" est vraiment pertinente, dans la mesure où le terme n’a pas une étymologie assurée. Proposer des mots français qui expliquent sa signification serait un commentaire plus qu'une traduction. Comme, par ailleurs, le caractère plus ou moins péjoratif du mot a évolué (évolue encore), toute traduction très ancrée dans un sens précis serait inexacte.
Le dictionnaire Webster (qui existait avant la naissance de l’informatique) le définit comme un montreur de foire un peu déjanté dont le numéro était, par exemple, de tuer des poulets ou des serpents à coups de dents (sympas, les cirques US ! c’est vrai qu’ils n’avaient pas la télé-réalité pour les divertir intelligemment). L’étymologie pourrait en être un mot de dialecte populaire, "geck", (= idiot) provenant du dialecte bas-allemand, et lui-même du Moyen bas-allemand (donc de la fin de l’époque médiévale).
Cette origine obscure et douteuse ne suffit pas par elle-même à justifier le succès de ce mot. Peut-être la ressemblance sonore avec le mot "freak" y est-elle pour quelque chose. Là encore, dans le langage du cirque, il s’agissait des monstres de foire (voir le film « Freaks » de Tod Browning) dont l’exhibition rapportait gros en un siècle, le 19ème, qui se vantait de porter un regard scientifique et éclairé sur le monde (femmes à barbe, sœurs siamoises, homme-tronc, elephant man et Vénus hottentote *). Mais, encore aujourd'hui, le mot "freaks" est très couramment utilisé en anglais pour tout ce qui est bizarre. Il pourrait avoir propulsé le mot "geek", une sorte de freak, mais sur le plan intellectuel. À noter que, selon un processus classique, le terme de geek a perdu son sens péjoratif à partir du moment où ceux qu’il décrivait l’ont revendiqué (meilleur moyen d’éviter de se faire insulter ; voir le mot "black").
Si l’on veut une traduction française, il faudrait donc faire preuve d’imagination plutôt que de logique et trouver un terme qui n'existe pas encore dans la langue française et ayant des sonorités qui, pour nous, suggèrent, plus ou moins consciemment, des parallèles avec d’autres mots comme c’est sans doute le cas pour les Anglophones.
Le mot "nerd", souvent comparé à "geek", a une connotation plus intellectuelle. Les geeks sont ceux qui « mettent les mains dans le cambouis (informatique) » et qui sont dingues de technique. Les nerds sont les têtes d’œufs, les intellos qui conçoivent les systèmes, et pas seulement en informatique. Bill Gates, mais aussi Fox Mulder (ah bon, il n’existe pas ?), sont des nerds bien plus que des geeks. Également valable pour désigner les golden boys et autres petits génies de la Bourse.
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* La Vénus hottentote (1789 – 1815) fut montrée en Angleterre puis exhibée nue dans les salons parisiens au début du siècle (sous couvert d’observations scientifiques cautionnées par Geoffroy Saint-Hilaire, directeur du Muséum d’Histoire Naturelle à Paris et Georges Cuvier, créateur de l’anatomie comparée, qui, à sa mort, disséqua son cadavre et fit une communication devant l’Académie de Médecine pour prouver l’infériorité des races africaines…) ; bien pire, son squelette et un moulage en plâtre furent exposés au Musée de l’Homme, au Trocadéro, jusqu’en 1974 – oui, oui, ce n’est pas une erreur de date. C’est Nelson Mandela qui entama les négociations pour qu’on lui donne une sépulture digne mais ce n’est qu’en 2002 – il y a cinq ans – qu’elle fut inhumée en Afrique du Sud). Finalement les geeks qui tuaient des poulets avec leurs dents pour gagner quelques sous semblent bien inoffensifs.
CRIS D'OISEAUX A CHARLESTON
J'ai toujours quelques pages de décalage et je ne sais pas s'il faut mettre la réponse au jour correspondant au document auquel on fait allusion (si bien que personne ne lira la réponse !) ou au dernier jour du blog !
Les cris impressionnants entendus dans les arbres de Charleston (vidéo du 8 août) pourraient être ceux de chauves-souris. Le piaillement d'UNE chauve-souris isolée (cri lui servant de sonar pour se diriger) est plus lent mais, si on le multiplie par quelques milliers, les sons peuvent sembler quasiment ininterrompus.
Merci pour tes précisions. Je n'ai toujours pas trouvé la traduction magique pour "geek" !!
1 chauve-souris
Le bruit de fond est peut-être produit par les chauve-souris. Mais le bruit qui intervient à la fin de la vidéo, c'est un seul animal qui le produit (ca commence soudainement et ça s'arrête, puis ça reprend à un autre endroit...)
2 commentaires
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Merci Cécile pour les explications sur les abonnements!
Comme quoi tous les informaticiens ne sont pas des geeks ;-)
Au fait, le mot pourrait venir du néerlandais Gek qui veut dire fou / taré (comme en bas-allemand). Il y a des mots anglais qui viennent du néerlandais, surtout aux US (ex: Yankees = Jan-Kees). Les hollandais faisaient eux-aussi partie des colons..
Ca voulait dire quoi, Jan-Kees ?
Jan-Kees c'est un prénom hollandais. En cherchant une bonne explication sur Wiki (http://en.wikipedia.org/wiki/Yankee#Origins_of_the_word
je viens de me rendre compte que l'origine du mot était contestée. Mais en tout cas c'est très probablement une référence aux colons hollandais.
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