Il est difficile pour nous de comprendre le rapport que les Américains entretiennent avec la nourriture. Nous, Français avons souvent tendance à penser que les Américains se préoccupent peu de l'alimentation ou de la santé, et qu'il mangent n'importe quoi. C'est en fait tout le contraire, si l'on en croit le nombre abracadabrantesque de pharmacies ou d'endroits où l'on peut se nourrir - l'un n'étant pas exclusif de l'autre puisque des pharmacies renommées, comme Duane Reade à New York, sont à la fois pharmacies et superettes. On peut donc y flâner pendant longtemps et acheter du dentifrice, de la crème pour les entorses, du verni à ongle, un décapsuleur, une bière, un paquet de céréales Kellog's bio et un paquet de chips. Et des cigarettes ! De tels magasins se trouvent littéralement à tous les coins de rue.
Au contraire, la nourriture est très importante ici. A New York, en tous cas (la ville la plus mince des Etats-Unis), c'est à croire que la population souffre d'une angoisse constante de manquer de nourriture, si bien qu'il est possible de se ravitailler absolument partout. Disons que la nourriture est OMNIPRESENTE. Conséquence bien pratique : des toilettes sont disponible à peu près partout aussi.
En ce qui concerne la qualité, encore une fois c'est très difficile de cerner les choses... prenez tout ce que vous avez entendu dire sur les Etats-Unis : c'est très certainement vrai. Mais le contraire est vrai aussi, tellement la variété disponible est impressionnante.
Dans le moindre supermarché, on peut trouver des pâtes complètes ou des flocons de Quinoa, du pain d'épeautre ou des bagels multigrains. Par exemple, New York est le paradis des végérariens, végétaliens ou végans ! En France, il faut avoir de bonnes bases en cuisine pour se lancer dans ce types de régimes alimentaires qui peuvent sembler austères. Ici, de nombreuses marquent proposent des plats tout faits sans produits animaux, qu'on peut faire chauffer au micro-ondes.
Un magasin bio près de Central Park, "Whole Foods Market", propose un salad bar (voir photo). Il suffit de prendre un barquette et de la remplir d'une ou plusieurs de la trentaine de salades qui sont proposées, et on paye (cher) au poids. Au menu : salade grecque, houmous, caviar d'aubergine, salade de pâte ou de riz, salade de fenouil, salade d'avocats, salade verte, pousses d'épinards, salade d'algues, salade de graines germées... le tout très frais. On peut y acheter du Kéfir en bouteille, du café équitable et bio, en grains et au poids. Il proposent aussi quelques plats chauds - lasagnes végétariennes, couscous complet - qu'on peut faire réchauffer dans des micro-ondes mis gracieusement à votre disposition. Il y a aussi des barquettes de fruits frais. Sans oublier les desserts qui sont délicieux - par exemple la tartelette au chocolat et beurre de cacahuètes, complètement végétalienne, sans produits laitiers ni oeufs.
A côté de ce magasin, on peut aussi trouver le "steak house" typiquement américain : des steakburgers de 3 cm d'épaisseur, très gras, avec des beignets d'oignons et des frites et 1 rondelle de tomate. On trouvera aussi le fast-food le plus ignoble avec des ailes de poulets reconstituées qu'on vous proposera de mettre dans une sorte de shaker avec de la sauce barbecue. On trouvera enfin des centaines de vendeurs ambulants où vous pouvez acheter hot dogs, brochettes, bretzels ou cacahuètes. (voir photo - crédits Alain G.)En plus, toutes les cuisines du monde sont représentées à New York, il n'y a qu'à faire son choix ! Des sushis kasher ? Un resto ethiopien végétarien ? de la cuisine du Sichuan ? pas de problème !
Nous avons trouvé notre cantine de quartier à Harlem. Un "salad bar" près de la 125è rue spécialisé dans la gastronomie du Sud des Etats-unis (quartier noir oblige...) Au menu : diverses salades fraîches, des fruits, du poulet frit, du porc à l'ananas ou autres viandes style "cajun", du riz à la jamaicaine, des haricots rouges, des cornilles ou des "collard greens". Le tout à payer au poids, ce qui revient à 6-10$ suivant votre faim.
Bref, si vous voulez manger sainement, il y a de quoi faire ici ! Le problème, c'est toutes les autres tentations... Dans les Starbucks, ou, moins cher, Dunkin Donuts, on peut trouver de quoi prendre un snack. Des pâtisseries beaucoup trop sucrées et des sortes de milk-shake beaucoup trop glacés (et sucrés aussi, mais si on mange un pâtisserie en même temps, on s'en rend moins compte). Par ailleurs, la taille des portions est toujours impressionnante. Chez starbucks, n'essayez pas de commander un milk-shake "small", ça n'existe pas. Le plus petit, c'est "tall". N'essayez pas non plus de faire du sport après une boisson de chez Dunkin Donuts. Vraiment. J'ai essayé. (voir photo - crédits Alain G.)

Comment cerner un paysage gastronomique où tout existe ? Peut-être la réponse m'a-t-elle été apportée par Bridget, une couchsurfeuse de DC qui adore le fromage français et qui m'a invitée à manger un délicieux repas - saumon poché, haricots verts et riz - quand elle m'a dit : "In my family, we take food really seriously". Peut-être que c'est ça, le secret : les américains ne prennent pas la nourriture "au sérieux".

Pour les américains, l'important dans un gâteau, c'est le glaçage ! Et pour le 4 juillet les pâtissiers professionnels ou en herbe font parler leur imagination. (voir photo) On trouve aussi des pâtes patriotes !

Ils décident de manger sainement comme ils décideraient d'un style vestimentaire, mais cette démarche est réservée à une certaine classe sociale, et les personnes obèses sont très nombreuses - disons qu'il n'est pas rare que des dames volumineuses fassent pencher le bus en sortant, et pourtant les bus américains sont costauds. Il semble que ni l'horaire, ni la qualité soient vraiment importants. Les américains mangent un hot dog au milieu de l'après-midi sans problème et sans culpabilité. D'ailleurs beaucoup de restaurants font payer moins cher les repas pris entre 14 et 17h30.
Dans les endroits animés - près d'une station de métro, à un croisement de rues important - il y a souvent un petit boui-boui, ou une superette qui fait "deli" et où on peut acheter des sandwichs fait sur place, qui reste ouvert toute la nuit, et en général le MacDo ouvert 24/24 n'est pas loin non plus.
A côté de ça, les américains sont très pointilleux sur les indication nutritionnelles sur les paquets de nourriture, et sur les règlementations sanitaires, surtout à New York, où les dates limites de ventes sont plus strictes qu'ailleurs (une brique de lait dont la date limite est le 5 août ailleurs sera le 2 août à NYC). Le glutamate monosodique est interdit (cas d'intolérance) dans tous les restaurants ainsi que les acides gras trans (graisse hydrogénées).
Des exemples rigolos des conséquence d'une régulation très strictes ont étés constatés.
Prenez par exemple ce flacon d'huile d'olive en spray. C'est de l'huile d'olive 100% huile d'olive. Pourtant, regardez les "nutrition facts" :


Alors ??? C'est gras comment l'huile d'olive ?
0% ! Bravo !
Si vous pensez que la science a fait des progrès, vous vous trompez. En réalité, le producteur de cette huile d'olive conseille de presser 3 fois seulement le spray - pas plus - au fond de votre poële avant de faire revenir vos courgettes. La quantité totale de graisses dans votre portion ("serving") ne dépassera pas un pourcentage ridicule (de l'ordre de 0,9%), ce qui est en-dessous du seuil légal d'obligation de mention. Abracadabra !
Merci à Peter de nous avoir fait remarquer cela !
Pour une meilleure idée de la qualité de ce que mangent les américains, peut-être faut-il retourner à notre point de départ : la pharmacie, où le rayon le plus étendu, et de loin, est constitué par les médicaments visant à combattre acidité gastrique et constipation. Tout est dit.
4 commentaires:
Des précisions, SVP, sur le très intéressant article culinaire.
Que sont des cornilles, des collard-greens et des bagels. Il y a beaucoup de pub pour ces derniers sur la télévision anglaise (oui, anglaise) : ça ressemble aux pains ronds qu'on sert dans les McDo.
Pour le 0%, c'est pareil en France: la boisson Contrex aromatisée citron/mangue est marquée O° calorie, car il n'y a que 0,8 kcal par dl, alors que la loi oblige de mentionner l'apport calorique à partir de 4. Logique marketing.
Le copier-coller de mon dernier message était incomplet au sujet de 0,8 % = 0 %.
... Logique marketing : sous prétexte qu'on n'est pas obligé de dire qu'il y a quelques calories, on dit qu'il n'y en a pas, ce qui, en des temps reculés d'ignorance et d'obscurantisme, ne signifiait pas tout à fait la même chose. Heureusement, le progrès remédie à cette inculture.
Les cornilles sont des légumineuses, apelés "black eyed peas" en anglais (= "pois à oeil noir"), courantes en Afrique et en Amérique latine.
Quant aux "collard greens", je ne connaît pas le nom en français. Il s'agit d'un légume vert qui se mange à la manière des épinards, mais le goût serait plus proche d'un chou un peu acide. D'ailleurs c'est de la famille du chou. C'est un élément important de la cuisine du sud des Etats-Unis, et donc de la communauté noire très présente dans le coin de Harlem où nous sommes.
Autre légume que nous avons trouvé dans ce petit "salad bar", les bananes plantain !
Enfin, les bagels viennent d'une tradition bien différente. Ce sont des petits pains à la forme de doughnuts (ronds avec un trou au milieu, comme les polo !!) Selon Wikipedia, "Le bagel ou beguel (du yiddish בײגל "beygl") est un rouleau en forme d'anneau, à la texture très ferme, fait d'une pâte au levain naturel plongé brièvement dans l'eau bouillante avant d'être passé au four." A New York, le bagel se mange traditionnellement avec du saumon fumé ("lox") et du fromage frais, mais on peut en faire tout ce qu'on veut. On en trouve dans les supermarchés, mais aussi dans les "deli", où on vous prépare derrière le comptoir les sandwich que vous voulez avec une sorte de baguette ("roll"), un bagel, ou d'autres types de pains, et la garniture que vous souhaitez (jambon, boeuf, dinde, swiss cheese, cheddar...)
Enfin les articles sur la nourriture, j'en rêvais, Dame Cécile l'a fait
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